Festival d’Avignon : Very Wetr, de Régine Chopinot, un spectacle déconcertant

Festival d’Avignon : Very Wetr, de Régine Chopinot, un spectacle déconcertant

C’est l’histoire d’une rencontre, celle de la grande chorégraphe Régine Chopinot et d’un groupe de danseurs musiciens de Nouvelle-Calédonie. Sur l’ile de Lifou/ Drehu, le groupe Wetr naissait il y a 20 ans. Des hommes et des femmes voulaient alors se réapproprier leur culture, disparue suite à la colonisation française. Le spectacle est le fruit de cet échange. Loin de vouloir présenter une carte postale exotique des kanaks, Régine Chopinot signe toutefois un spectacle parfois trop folklorique. Touché par une évidente beauté, on ressort malgré tout avec un certain malaise.

 

Depuis 2009, la chorégraphe se rend deux fois par an en Nouvelle-Calédonie au sein du groupe Wetr. Des voyages dans le Pacifique qui semblent, et nous n’en doutons pas, avoir profondément touché Régine Chopinot travaillant depuis quelques années sur les cultures de transmission orale. « Nous avons collecté des matériaux dansés, joués, parlés puis nous avons fait le tri, pour ensuite organiser une forme souple » explique la chorégraphe. Sur le plateau, onze artistes du Wetr et Régine Chopinot investissent le magnifique Cloître des Célestins, tous habillés par Jean-Paul Gaultier. Le couturier, grand fidèle de la chorégraphe, a repensé des costumes traditionnels kanaks en ajoutant sa « patte » si reconnaissable.

Danse kanak : « Tout est poreux »

Armée d’une tablette numérique, image tranchante vis-à-vis du reste, la danseuse s’installe pour raconter et retranscrire cette rencontre et les échanges qui en ont découlé. Les artistes kanaks vont alors nous plonger dans leur univers : musique, chant, texte et danse à l’appui. Les images sont fortes, belles, poétiques, empreintes d’humour aussi parfois. Plus que les gestes, ce sont les regards et les sourires qui émeuvent. Leur « culture est un ensemble dans sa globalité : tout est poreux car vivre signifie danser, chanter, se nourrir, pêcher, se soigner, se marier, accompagner les deuils » commente Régine Chopinot. Une conception loin de notre société de surconsommation qui parfois oublie l’essentiel. Qui alors est dans le vrai ? Ce sont eux, toujours proches de leur terre et de leurs racines, pensons-nous en les regardant évoluer sur scène, avec une certaine émotion. Touché certes, mais parfois mal à l’aise. Une impression de regarder des hommes et des femmes, habillés de costumes traditionnels (même si Jean-Paul Gaultier les a revisités), nous offrant leur culture en représentation : avoir l’opportunité de découvrir des traditions d’un pays si éloigné de nous est un privilège que nous ne boudons pas, mais quelle doit être notre place ? Les kanaks ont été victimes de la colonisation française avec, comme toujours, des pages sombres de notre histoire (L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz, sorti en salles cette année). Une position parfois embarrassante : ne sommes-nous pas en train de nous extasier d’un certain exotisme ? Bien sûr Régine Chopinot n’a pas voulu cela et nous croyons en l’honnêteté de sa démarche ; d’ailleurs comme pour s’en prémunir, une chanson est alors entonnée par les artistes du Wetr : « Very Wetr n’est pas folklorique, Very Wetr n’est pas exotique ! ». Un pied de nez justement, comme pour clarifier les choses.

On ressent par ailleurs un plaisir évident de la chorégraphe qui sourit, rit, bat la mesure avec les artistes kanaks, jusqu’à se blottir dans les bras de l’une d’entre elle. L’artiste, 30 ans de carrière derrière elle, semble en phase avec cette œuvre, en joie, mais on ne peut s’empêcher de penser à un plaisir peut être trop personnel, avec une question : pourquoi finalement ce spectacle ? On retiendra les propos de Umuissi Hnamano, président de la troupe de Wetr « la danse que nous allons créer aujourd’hui sur la base d’un fait récent restera comme un témoignage de celui-ci pour les générations futures. C’est ainsi que l’on constitue un patrimoine danse pour demain ».

Maud Fontanel

Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage - Festival d'Avignon

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