Les All White(s) du MHR

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POV* – Malgré une défaite face au Stade Toulousain samedi dernier, dans un match de très haut niveau qui a fait honneur au Top 14, le Montpellier Hérault Rugby (MHR) s’est placé d’ores et déjà en position de gros outsider pour le titre de champion de France, après une victoire aussi méritoire que probante la semaine précédente face à la « yellow army » de l’AS Montferrand.

Jake White nouveau consultant au MHR

Jake White au MHR (archives) – Crédit Photo : N.G.

Cette renaissance du MHR, à la sauce « tri-nations », est aussi intéressante à analyser car elle s’inscrit dans un contexte « post-coupe du monde » et interpelle le rugby français sur son mode de fonctionnement, sur ses schémas tactiques ainsi que sur la mentalité de ses entraîneurs.
En effet, voir le MHR présenter une aussi grande cohésion et efficacité dans bon nombre de secteurs du jeu, après avoir procédé à un tel bouleversement de son effectif à l’intersaison, est le signe d’un travail de très grande qualité réalisé par son entraineur en chef le sud-africain Jake White.
Bien sûr Jake White a été sacré champion du monde avec les Boks en 2007 et forcément ça aide… Pour l’expérience internationale, pour intégrer de nouveaux schémas tactiques, pour adapter enfin notre rugby à l’ère moderne. Si l’on considère que ce qui est proposé par les deux finalistes du Mondial 2015, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, est ce qui se rapproche le plus du « rugby total », alors l’on peut estimer que le plan de jeu proposé par le MHR participera à ce renouveau du rugby hexagonal qui tirera le meilleur parti du talent et de la créativité des joueurs français, tout en lui donnant un cadre strict dans l’engagement physique, la défense intraitable, la qualité du jeu au pied et dans le jeu aérien, le souci du détail et du geste juste dans chaque transmission de balle afin de bonifier le ballon pour le partenaire et non pour le rendre à l’adversaire… De nombreuses critiques ou commentaires ironiques ont accompagné le recrutement très sudiste voire « excessivement Bok » du MHR mais si cela permet d’élever le niveau de jeu de nos rugbymen tricolores et de les bonifier en leur faisant toucher du doigt, au quotidien, le très haut niveau, n’est-ce pas plutôt un bien pour un mal ?
Quels sont les points forts des cistes du président Altrad ?
En premier lieu, une structuration du club très professionnelle où chacun apporte sa pierre à l’édifice dans une logique de management où l’efficience l’emporte sur toute velléité de folklore local (suivez mon regard du côté du ballon rond…). Au MHR, le président Mohed Altrad, homme d’affaires d’envergure internationale, préside, le manager général, Abdelatif Benazzi est chargé de mettre du liant dans les rouages et représente une caution rugbystique pertinente pour l’image du club, enfin l’entraîneur en chef Jake White est le seul patron sportif et mène son projet avec la plus totale liberté d’action. Une place pour chacun et chacun à sa place, telle semble être la recette du renouveau montpelliérain en ce début de saison. Sur le terrain la première évidence est la qualité de la défense du MHR et son engagement physique impressionnant, le tout sans commettre beaucoup de fautes. A voir les percussions de la nouvelle montagne du pack Paul Willemse ou les plaquages destructeurs de Wiaan Liebenberg l’on se dit que cette composante essentielle du rugby moderne est déjà bien en place. Ensuite la qualité de la touche montpelliéraine a été impressionnante face aux jaunards avec la véritable moisson réalisée par Ben Mowen, impeccable capitaine de touche du MHR.
Le jeu au pied est un élément structurant fort du rugby de l’hémisphère sud et constitue une arme indispensable pour exister au très haut niveau lorsqu’un match se joue sur un détail ou sur une pénalité de « la gagne » à la dernière minute. Le MHR est déjà pourvu d’un buteur performant en la personne de son demi-de-mêlée Benoit Paillaugue, mais en recrutant Demetri Catrakilis, il s’est doté d’un joueur qui semble frôler l’excellence en ce domaine. Même s’il n’a joué que 25 minutes face à Clermont avant de sortir sur blessure, il a dégagé une grande assurance dans ses deux tentatives de pénalités tentées et réussies. Il y a des postures ou des impressions visuelles qui ne trompent pas…
Quant au jeu au pied dans les airs, soulignons la copie parfaite rendue par le nouvel arrière des cistes, l’australien Jesse Mogg qui a été impeccable à la réception des chandelles tant défensives qu’offensives. Le premier essai de Timoci Nagusa face à l’ASM étant d’ailleurs initié par un ballon aérien capté magnifiquement par Jesse Mogg qui a ensuite transpercé le premier rideau et transmis pour assurer la continuité du jeu.
Les autres trois-quarts montpelliérains semblent aussi se mettre au diapason à l’instar de Benjamin Fall qui est également apparu très solide sur les réceptions dans les airs.

Benoit Paillaugue

Benoit Paillaugue – Crédit photo : N.G.

Abordons donc les lignes arrière pour souligner leur grande qualité et solidité que ce soit au niveau des centres ou des ailes. Au centre Andrew Smith démontre à chaque match qu’il mérite bien mieux qu’un simple statut de « joker coupe du monde » car s’il est certainement le joueur le plus discret de la cavalerie montpelliéraine, il n’est pas loin d’être aussi celui qui est le plus régulier et le plus efficace, remarquable en défense et toujours bien placé pour faire vivre le ballon. Et que dire de son compère au centre l’inclassable et véritable « fuoriclasse » du MHR : Timoci Nagusa… Replacé au centre par une inspiration géniale de Jake White, il y fait parler sa densité physique, sa puissance, sa capacité d’accélération et sa dextérité incroyable ballon en mains. Comment les Fidji ont-elles pu ne pas en faire un titulaire indiscutable pendant la coupe du monde ? Mystère, mais son talent éclabousse le Top 14 depuis plusieurs années et c’est tout naturellement qu’il se retrouve en tête du classement des marqueurs d’essais malgré sa nouvelle position axiale. Quant aux ailes, elles semblent définitivement promises aux deux flèches du MHR Marvin O’Connor et Benjamin Fall qui sont tous les deux en pleine forme depuis le démarrage du championnat. Réjouissons-nous car voilà deux joueurs français au potentiel très important qui pourraient constituer une alternative sérieuse en Bleu à l’heure où l’équipe de France doit se reconstruire.
Marvin O’Connor possède des qualités d’explosivité et d’adresse intéressantes et son profil atypique peut être un atout supplémentaire dans une ligne d’attaque. Comme me le confirmait David Arrieta, l’ancien demi d’ouverture du grand Biarritz : « C’est un joueur qui possède un centre de gravité très bas. Du coup, ses adversaires ne s’adaptent pas forcément au moment du placage et lui reste buste droit, au contraire d’autres joueurs de son gabarit qui, pour éviter les placages hauts, se baissent avant contact. Ce qui peut générer des pénalités en faveur de son équipe voire des cartons jaunes donc des supériorités numériques toujours intéressantes… » Benjamin Fall pour sa part pourrait être ce qui se rapproche le plus en France du trois-quarts aile 3.0 à la mode Julian Savea : puissant, rapide, adroit balle en main, bien placé et sûr avec les ballons aériens… Si l’on veut passer à un rugby total et dynamique, conseillons à Guy Novès de ne pas oublier le XV montpelliérain, surtout qu’à la mêlée Benoit Paillaugue s’affirme de plus en plus comme l’un des meilleurs cornaqueurs de l’hexagone en ayant aussi le grand avantage de buter.

Francois TRINH DUC se blesse sur cette action

Francois TRINH DUC – Crédit N.G.

Et qui dit équipe de France dit obligatoirement François Trinh-Duc, alors pourquoi pas un quatuor offensif ciste prochainement en Bleu ?
Comme quoi recruter des joueurs de l’hémisphère sud n’est pas rédhibitoire pour faire progresser les talents nationaux… Au final dans quels secteurs le MHR doit-il encore progresser pour rapprocher un peu plus ses mains du Bouclier de Brennus ?
Sachant que l’effectif est déjà bien fourni et que les cistes ont battu Clermont sans leur capitaine Fulgence Ouedraogo, sans la poutre du pack Sitaleki Timani, avec Nic White sur le banc et François Trinh-Duc en tribunes… Le point noir pourrait être la mêlée qui a été chahutée en fin de match face à l’ASM. Sauf que Nicolas Mas revenait tout juste du Mondial et est entré en jeu tardivement et que les deux prochains renforts qui rejoindront le MHR sont, excusez du peu, deux internationaux sud-africains : le pilier Jannie Du Plessis et son frère le terrible talonneur Bismarck Du Plessis !
De quoi redonner de la stabilité à la mêlée montpelliéraine et renforcer le seul secteur de jeu qui apparaissait vulnérable. A terme, une faiblesse pourrait voir le jour au niveau des centres lorsqu’ Andrew Smith quittera le club, mais alors pourquoi ne pas imaginer, afin de ne pas se priver du talent de Demetri Catrakilis à l’ouverture, de faire glisser François Trinh-Duc au centre aux côtés de Timoci Nagusa ? Révolution culturelle mais qui sait ? Jake White a la légitimité et la science rugbystique nécessaire pour diriger de main de maître un effectif riche et ambitieux, doté de très forts caractères.Et puis si tous les chemins mènent à Rome, celui des cistes les mène vers le légendaire Bouclier de Brennus. Brennus qui, en dehors du nom du créateur du fameux bouclier, fut aussi celui d’un chef gaulois qui réunifia plusieurs tribus disparates pour marcher sur Rome et conquérir la ville. De quoi donner des idées à la tribu multicolore et polyglotte du MHR…

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