Quand allons-nous rencontrer des extraterrestres ? Dans des centaines de millions d’années, selon de nouvelles estimations.

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Rencontrerons-nous un jour des civilisations extraterrestres ? Et, en supposant que nous le fassions, quand le premier contact aura-t-il lieu ? Pour tenter de répondre à cette question, une équipe interdisciplinaire de chercheurs a réalisé une nouvelle étude, comme l’explique Universe Today. L’équipe était dirigée par Robin Hanson, professeur d’université et économiste américain, connu pour son concept de “grand filtre”. L’étude est disponible sur arXiv.

Le développement d’une civilisation intelligente suivrait les mêmes étapes que sur Terre.

Le modèle développé par Hanson et ses collègues repose sur une hypothèse : une civilisation intelligente tend à se développer à travers une série d’étapes très similaires à celles que nous avons vues ici sur Terre. Nous parlons donc d’une évolution biologique unicellulaire, puis multicellulaire, puis de formes de vie de plus en plus complexes qui aboutissent finalement à l’intelligence d’au moins une espèce.

Sur la base de cette hypothèse, et en tenant compte du temps nécessaire pour que la vie se développe sur une planète et devienne ensuite intelligente (une période d’environ 13,8 milliards d’années, soit essentiellement l’âge de l’univers en ce qui nous concerne), les chercheurs ont créé un modèle permettant d’estimer où se trouvent les civilisations qu’ils ont appelées “grabby civilisations” (GC, traduisant “civilisations grabby” pour indiquer des civilisations ayant un niveau de développement technologique capable de coloniser de vastes zones de la galaxie) et quand nous pourrions les rencontrer.

Premier paramètre : nous sommes l’une des premières civilisations

Les chercheurs arrivent à une première conclusion : 99% des formes de vie avancées apparaîtront plus probablement dans le futur qu’aujourd’hui. En fait, les chercheurs ont calculé que notre planète n’a existé que pendant les derniers 30 % de la durée totale de l’univers jusqu’à présent, tandis que la lignée évolutive humaine n’a existé que pendant 1 % de cette même période.
À défaut d’acquérir des preuves de l’existence d’autres civilisations extraterrestres, la conclusion la plus logique est que nous sommes arrivés tôt et que nous sommes l’une des premières civilisations, du moins dans notre galaxie.

Deuxième paramètre : le grand filtre

Selon Hanson, il y a neuf étapes principales par lesquelles on peut décrire l’existence de conditions propices à la vie (telle que nous la connaissons) et l’évolution de la vie pour devenir intelligente et colonisatrice d’étoiles. Parmi ces neuf étapes, la dernière, selon le modèle proposé par les chercheurs, appartient à notre avenir. Les étapes en question sont :

  • Système stellaire habitable (avec planètes habitables)
  • Molécules reproductives
  • La vie unicellulaire procaryote
  • Vie unicellulaire eucaryote
  • La reproduction sexuée
  • La vie multicellulaire
  • Capacité à utiliser les outils
  • La civilisation industrielle
  • Colonisation à grande échelle

Loi de puissance des passages difficiles

Cette liste nous ramène également au concept de “grand filtre” : chaque fois que la vie franchit une étape de la liste, la probabilité d’extinction augmente selon une loi que les chercheurs eux-mêmes ont appelée la “loi de puissance des étapes difficiles”.

Dans le communiqué de presse présentant l’étude, Hanson lui-même décrit la loi de la façon suivante : “Le calendrier des événements de l’histoire de la vie sur Terre suggère qu’il y a eu 3 à 9 étapes difficiles que la vie a dû franchir pour atteindre notre niveau et que la plupart des planètes comme la nôtre n’atteignent jamais notre niveau avant que la fenêtre pour la vie sur cette planète ne se ferme. Donc, une vie avancée comme la nôtre est rare.”

Une preuve que la vie sur Terre est rare est que nous ne voyons pas de vie extraterrestre. Cela peut probablement s’expliquer par la présence d’un “grand filtre” entre l’extinction d’une civilisation et une expansion très durable de celle-ci.

Une civilisation “attrapeuse” par million de galaxies

Selon Hanson, une forme de vie à des niveaux si avancés qu’elle produit des civilisations extraterrestres “grabataires” devrait apparaître environ une fois sur un million de galaxies avant l’extinction de cette même civilisation. Selon ce concept, il y aurait donc une date limite pour toutes les civilisations avancées de l’univers : la vie doit émerger et atteindre la complexité avant qu’une autre espèce, plus ancienne et plus avancée, ne l’atteigne.

“Si des civilisations extraterrestres apparaissent au hasard et s’étendent ensuite pour refaire l’univers, alors une fois que l’univers entier est rempli de ces extraterrestres, il n’y a plus d’endroits où la vie peut évoluer jusqu’à notre niveau”, explique encore Hanson. “C’est-à-dire que les ‘extraterrestres attrapeurs’ créent une date limite à laquelle la vie avancée doit apparaître. Cette échéance est dans quelques milliards d’années. Par rapport à cette échéance, nous ne sommes pas en avance.”

Troisième paramètre : le temps et l’espace

Enfin, les chercheurs ont considéré un troisième paramètre basé sur le temps et l’espace que nous occupons et s’ils représentent la norme. Selon le modèle développé par les chercheurs, il s’agirait d’un effet de sélection qui conduirait ensuite une civilisation extraterrestre avancée à s’étendre pour remplir l’univers.

Les chercheurs identifient ce qui peut être considéré comme une transition fondamentale d’une civilisation intelligente : passer d’une civilisation “tranquille” à une civilisation “bruyante”. Les civilisations bruyantes, qui seraient alors les “accapareuses”, ont tendance à augmenter le volume de l’espace qu’elles occupent (colonisation spatiale) en produisant des signes reconnaissables de leur présence (techno-signatures). Les civilisations silencieuses, en revanche, n’augmentent pas l’espace qu’elles occupent. Nous sommes, pour l’instant, une civilisation “tranquille”.

Conclusions

Sur la base des paramètres décrits ci-dessus, Hanson et ses collègues prédisent donc ces possibilités :

  • Des civilisations bruyantes émergent une fois sur un million de galaxies
  • Les civilisations bruyantes ont tendance à s’étendre en augmentant le volume de l’espace qu’elles occupent à un rythme d’environ la moitié de la vitesse de la lumière.
  • Les civilisations bruyantes contrôlent actuellement 40 à 50 % du volume de l’univers.
  • Chaque civilisation bruyante en viendra à contrôler entre 100 000 et 30 millions de galaxies au cours de son existence.

Nous pourrions rencontrer des extraterrestres dans des centaines de millions d’années.

La dernière estimation répond enfin à la question la plus intéressante : nous sommes susceptibles de rencontrer une civilisation “bruyante” dans 200 millions à 2 milliards d’années. Une très mauvaise nouvelle pour ceux qui sont actuellement à la recherche de “signatures technologiques”.

Comme Hanson l’admet lui-même, l’estimation du développement d’une civilisation intelligente “bruyante” (celle qui commence à coloniser l’espace) une fois par million de galaxies est en effet décourageante.
Si les extraterrestres bruyants sont le seul type de civilisation extraterrestre que nous pouvons détecter, alors les chances que les recherches de type SETI interceptent des extraterrestres dans notre voisinage sont très faibles.

Nous pourrions détecter des civilisations silencieuses

Toutefois, il y a un espoir, explique le chercheur : nous pourrions trouver un moyen de détecter les civilisations “silencieuses”. Il s’agit de comprendre la relation entre les civilisations bruyantes et silencieuses.
Selon le chercheur, cela nous concerne de très près : moins il y a de civilisations calmes, plus il est probable que l’humanité devienne une civilisation bruyante à l’avenir.

Selon les chercheurs, le rapport “silencieux/bruyant” devrait être supérieur à 10 000 contre 1 pour qu’il soit réaliste de penser qu’une civilisation silencieuse a été active dans notre galaxie tout au long de son existence (environ 13 milliards d’années). Il faudrait alors que ce même rapport soit de 10 millions pour 1 pour espérer trouver une civilisation extraterrestre ayant vécu au moins 1 million d’années dans notre galaxie.

En outre, comme le soulignent les chercheurs, le taux d’expansion des extraterrestres bruyants pourrait être plus lent que prévu, ce qui nous donnerait plus de chances de découvrir des signes de leur présence.

“Nous ne spéculons plus sur les extraterrestres.”

Selon les chercheurs, même si ces résultats peuvent être déprimants, il y a en fait un aspect positif à la recherche de vie extraterrestre intelligente en général : “Nous ne spéculons plus sur les extraterrestres ; nous sommes raisonnablement sûrs qu’ils existent, et nous pouvons dire où ils se trouvent dans l’espace-temps. Nous disposons d’un modèle statistique simple qui nous indique où ils se trouvent, ce qu’ils font, et où nous pourrions les voir ou les rencontrer.

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