Comment les élections auraient pu régler une partie de la dette d'Arles.

Comment les élections auraient pu régler une partie de la dette d'Arles.

Quand on pense aux milliards qu’ont rapportés certains logiciels, aux fortunes qu’ont amassées des Bill Gates ou des Mark Zuckerberg, on est en droit de se poser la question. Mais pourquoi ne le vendent-ils pas. La ville d’Arles  et son service de développement informatique ont créé, il y a quelques années, un logiciel qui permet de gérer de A à Z les élections. Aujourd’hui il est utilisé par plus de 700 communes en France… et même à l’étranger.

 

En 2004, la mairie d’Arles est déjà équipée d’un logiciel qui gère en partie les différentes élections. Le prestataire privé annonce alors aux services qu’il faut, pour continuer à l’utiliser, acheter sa version mise à jour.  Le prestataire demande à la commune trente mille euros. «  Les négociations commerciales n’ont pas abouti » explique pudiquement François Raynaud, le responsable du service développement informatique. L’homme, déjà à la pointe, décide de programmer ce logiciel, de le faire maison, enfin "mairie". Il fabrique alors, et c’est bien trop compliqué pour l’expliquer ici, un logiciel qui permet à la fois de créer les listes électorales, de les gérer, de communiquer avec l’INSEE pour les statistiques. Il en créé un complémentaire, qui lui va gérer les bureaux de vote, ceux qui y travaillent, les plannings, les heures supplémentaires. Enfin, il s’attaque aux résultats, afin de pouvoir les mettre en ligne sur internet et sur les rétroprojecteurs de la ville, de manière automatique.
Ce n’est pas une suite logicielle comme les autres, ceux-là sont libres. Ils ne font pas l’objet d’une licence, ils peuvent être utilisés par tous, gratuitement. «  Et surtout améliorer par tous » insiste l’informaticien,  « c’est le même principe que Mozilla Firefox ou Wikipédia ».

Pour les collectivités, avoir un logiciel performant et gratuit c’est bien sûr une économie substantielle. C’est le département des Bouches-du-Rhône qui se montre le premier intéressé. Il l’installe sur 69 communes. Le département de la Moselle va suivre, puis l’agglomération de Limoges.  Aujourd’hui plus de 700 communes s’en servent.

Et si l’on prend le chiffre annoncé  par le prestataire en 2004 et qu’on le multiplie par le nombre de commune, on se dit que la mairie d’Arles aurait pu gagner plus de 20 millions d’euros. Le fantasme doit s’arrêter là.

« La mairie d’Arles n’a pas d’activité commerciale » explique Thierry Bénita le directeur d’Atreal. Cette entreprise installée à Marseille a, en quelque sorte, récupéré cette activité créée par l’invention du logiciel. «  Quand un client achète un logiciel, il veut un suivi, une maintenance. Si ça bug, il faut que quelqu’un intervienne. La mairie d’Arles ne pouvait pas créer ce service à destination des centaines de communes ».
Thierry Bénita est lui aussi un enfant du logiciel libre, il a découvert Linux en 2000, et il a tout de suite cru que ce nouveau modèle allait fonctionner. « il y a aussi une philosophie du libre » estime le directeur d’Atreal. «  On considère, contrairement à ceux qui ont fait fortune, que le savoir doit se partager. Ce qui doit être facturé c’est le travail utile ». Ne pas capitaliser sur ce logiciel parait aussi complètement normal pour François Raynaud, son inventeur. «  Nous avons un retour sur investissement, toutes les améliorations proposées par ceux qui utilisent le logiciel doivent nous être communiquées et c’est nous qui les acceptons ou non. » Pour le fonctionnaire de la mairie d’Arles, il y a deux cultures économiques qui s’opposent.

Je vais citer une phrase de Mélenchon : « la connaissance c’est le seul bien qui, lorsqu’on le partage, on s’enrichit »

Le fonctionnaire le reconnait donc, il y a aussi un concept idéologique derrière tout cela. Et Thierry Bénita confirme : «  La mairie d’Arles considérait également que si l’argent public avait servi à construire ce logiciel, il fallait qu’il soit accessible au plus grand nombre et gratuitement. Effectivement en matière de service public ça me semble souhaitable. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la mairie d’Arles à fait le choix du logiciel libre, il y a très peu de ville de cette taille qui ont un service de développement informatique ».
Le bureau mal éclairé de François Raynaud est loin de ressembler à ceux de Palo Alto en Californie (siège de Google ou Facebook), mais avant de le quitter le développeur souhaite nous montrer un mail reçu de l’ONU. Quelques pays africains  l’ont contacté pour que son programme «  participe à l’installation de la démocratie là-bas ». Il semble que cette rémunération lui suffise.

 

Paul Ferrier

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