Arles : Après la photo, et si la ville devenait une référence pour le cinéma ?

Arles : Après la photo, et si la ville devenait une référence pour le cinéma ?

C'était la dernière séance et le rideau sur l'écran est tombé. Le premier festival de cinéma d'Arles s'est achevé hier soir avec la projection de la dernière palme d'or cannoise : Amour de Michael Haneke. Auparavant six films ont été projetés en avant-première dans un théâtre antique qui a séduit public et équipes de film. Le pari semble être gagné, peut-être le début d'une belle aventure.

 

Rencontre avec les étoiles, c'est ainsi que Laurent Buffard a nommé son festival. Hier, c'est dans les yeux du directeur du cinéma des éditions Actes Sud à Arles que les étoiles brillaient. " Il y a une semaine ce festival n'existait pas, et dès le deuxième jour il y avait Jamel Debbouze et Omar Sy dans les gradins en tant que spectateurs ". Et ce n'est que le début d'une longue liste de stars. Patrice Leconte réalisateur pour Le magasin des suicides, Tahar Rahim acteur dans A perdre la raison, Sabine Azéma qui joue dans Vous n'avez encore rien vu, Agnès Jaoui la comédienne pour Du vent dans mes mollets ou encore Izia Higelin chanteuse et nouvellement actrice dans Mauvaise Fille, tous ont été émerveillés par des projections en plein-air, dans un lieu unique et dans de véritables conditions de cinéma. Pour exemple, le son du théâtre antique a été particulièrement soigné : dix-huit points de sortie pour une valeur virtuelle de 112 000 euros. Virtuelle car au jeu de la débrouille et du réseau Laurent Buffard sait y faire. " Pour le son, le prestataire nous a juste facturé le transport. Pourquoi ? Parce qu'ils croient au projet ".
Une réussite surprise quand on regarde la genèse de ce nouvel évènement qui clôture un mois de juillet très chargé à Arles, entre les Rencontres de la Photographie, les Suds, les Escales du Cargo. " Ca fait quatre mois que je me bas pour le projet, et là on a vécu le décollage d'une fusée" raconte le directeur qui a lui-même du mal à y croire.
Il est vrai que les débuts n'ont pas été évidents. Et jusqu'au dernier jour, les rumeurs d'annulation courraient les petites rues arlésiennes. D'après nos informations, non confirmées par Laurent Buffard, la mairie et les éditions Actes Suds auraient eu de nombreux mots notamment en raison du prix de location du théâtre antique. Mais Laurent Buffard n'a rien lâché et se permet juste de dire : " Dans la ville de l'image, un tel festival me paraissait évident, pour 2013 ce serait bien qu'on ait le soutien de la mairie ".

Des stars conquises qui veulent revenir

Si le directeur de ce nouveau festival est comblé et souhaite rester sur ce bilan positif, c'est aussi le cas des acteurs et réalisateurs invités à présenter leur film. Vendredi, nous rencontrions Sabine Azéma. L'actrice est une habituée d'Arles, " une ville qui me porte chance " ajoute-t-elle avant de s'expliquer. " J'aime Arles à la folie, c'est ma ville ". Elle y a été amenée la première fois par Robert Doisneau, le photographe, chargé de réaliser un reportage pour Paris Match dans les années 80. Mais avant, elle avait revêtu une robe de Christian Lacroix, le couturier arlésien, lorsqu'elle avait remporté le César de meilleure actrice en 1984. Depuis, elle revient à Arles chaque année pour les Rencontres de la Photographie qu'elle ne manquerait pour rien au monde. Alors quand on lui a proposé de venir présenter le dernier film d'Alain Resnais Vous n'avez encore rien vu dans "sa" ville, elle a sauté de joie. "Je suis venue ici parce que ce film j'en suis fière, j'ai envie de le défendre. Mais aussi pour la ville et le théâtre antique dans lequel j'avais déjà présenté un film lors des Rencontres Photo. Et puis il y a la projection en plein-air, sous les étoiles, c'est incroyable".


C'était aussi une première pour l'actrice. Jamais elle n'avait vu un de ses films projetés sous les étoiles. Elle raconte avoir eu très peur avant la séance, craignant les rafales de vent, les moustiques. Elle appréhendait que pour un premier festival personne ne se déplace ou pire, que le film soit sifflé.
Rien de tout ça n'est arrivé et l'actrice ne tarie pas d'éloges. " Je reviendrai l'année prochaine avec le prochain film de Resnais qu'on commence à tourner en janvier. Et puis je vais appeler mes copains Pierre Arditi et Lambert Wilson (qui jouent dans Vous n'avez encore rien vu, ndlr) et je vais leur dire que c'est horrible qu'ils aient manqué ça, tant pis pour eux ".

L'exemple des Rencontres de la Photographie

Laurent Buffard a fait sa sélection de film à Cannes, la Mecque des festivals ciné. Mais pour le directeur du festival arlésien, pas question d'essayer de comparer la Croisette avec Arles. Ici, il n'y a pas de tapis rouge, pas de paillettes. Le festival Rencontre avec les étoiles se veut proche du public, accessible. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Laurent Buffard a nommé son évènement ainsi. Chaque jour les acteurs et les réalisateurs ont accepté de rencontrer le public lors de masterclass, dans le jardin ombragé d'un hôtel jouxtant le théâtre antique. " Il fallait que les équipes des films acceptent ce concept pour que l'on programme le film " explique Laurent Buffard. " L'exemple que je souhaite suivre c'est vraiment les Rencontres de la Photographie. D'ailleurs après avoir déposé le nom du festival, je suis allé voir François Hébel (le directeur du festival photo, ndlr) pour lui demander si ça ne le dérangait pas que je reprenne le terme rencontre. C'est ce qui représente le mieux l'idée de ce festival. "
Quand on sait ce que sont devenues les Rencontres de la Photographie, il y a pire comme exemple à suivre. Ce qui est sûr, c'est que Laurent Buffard souhaite conserver cette idée de festival à taille humaine : " Pour Rencontre avec les étoiles, il y a une énorme ambition, c'est de rester comme ça, pas de tapis rouge. Les valeurs de proximité assurent des rencontres entre le public et les acteurs détendus." Chose que confirme Sabine Azéma : " Ici c'est beau comme ça, sans tapis rouge, la pierre brute du théâtre antique se suffit à elle-même."
Le rendez-vous est déjà donné pour 2013, à condition que les relations avec la mairie se pacifient. 

Paul Ferrier

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