Jamel Loyalty Club

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POV* – Parmi la masse d’annonces de transferts qui sont tombées lors de l’ultime journée du mercato d’été 2016, l’une d’entre elles n’a retenu que subrepticement l’attention des observateurs, mais a profondément touché le cœur des supporters du Montpellier-Hérault.

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Le milieu de terrain franco-tunisien Jamel Saihi a décidé de quitter son club formateur pour rejoindre le SCO d’Angers et tenter ainsi de se relancer alors qu’il n’apparaissait clairement plus comme un titulaire en puissance aux yeux de son coach Frédéric Hantz. Si ce départ est ressenti avec tant de tristesse par les aficionados du club pailladin c’est que ce joueur, au destin si particulier et parfois contraire, symbolisait quelque part le club dans toute son histoire et sa simplicité.

Dernier rescapé du titre de champion de France 2012, en compagnie des dinosaures Vitorino Hilton et Souleymane Camara ainsi que du tyrannosaure Geoffrey Jourdren, Jamel a cette particularité d’être né à Montpellier intramuros et d’y avoir appris tout ce qu’il sait du football et des hommes pour reprendre un raccourci camusien.

Homme de devoir mais pas de l’ombre, joueur discret mais ô combien utile, il a accompagné tout le renouveau du MHSC débutant en Ligue 2 pour remonter 3 ans plus tard dans l’élite, avant d’être sacré champion après un autre cycle de 3 ans. Cette belle histoire qui a fait depuis de Leicester « le Montpelier anglais », ne lui a malheureusement pas procuré l’immunité physiologique et de trop nombreuses blessures l’ont éloignées des terrains, parfois pour une longue période, l’empêchant de s’installer durablement parmi les meilleurs milieux défensifs de notre Ligue 1.

Mais avec une force de caractère admirable, sans jamais se plaindre ni renoncer, il a serré les dents pour toujours revenir au plus haut niveau. Courant sans cesse après sa période faste qui lui avait ouvert les portes de la sélection tunisienne, Jamel a vécu ce que beaucoup d’autres sportifs vivent malheureusement trop souvent : le découragement, la solitude, la désillusion et le sentiment qu’une carrière ne tient qu’à un fil.

Antoine Blondin l’avait merveilleusement exprimé avec cette phrase terrible mais juste : « Le champion est un homme dont le destin est de mourir deux fois. Il assiste à cette agonie en lui de l’athlète qu’il a été… » Mais faisant preuve d’un professionnalisme exemplaire, même en période de détresse, Jamel Saihi ne s’est jamais rebellé contre ses dirigeants ou son entraineur, toujours disponible pour les supporters, d’humeur égale et d’une simplicité louée de tous. Alors même que son avenir était compromis et lui relégué sur le banc il a juste déclaré au moment de son transfert (Midi-Libre édition du mardi 30 août 2016) : « Je me suis accroché, mais lorsque vous entendez tous les jours que le coach cherche un milieu défensif et qu’il ne vient jamais vous parler en tête à tête, on comprend qu’il vaut mieux envisager autre chose ». Le but ici n’est pas de chercher qui a tort ou raison dans cette histoire, je me suis longuement exprimé sur le club par ailleurs, mais juste de souligner qu’à l’heure de l’ultra libéralisation du football et de ses outrances, qu’à l’ère de l’égoïsme forcené des joueurs et leurs mises en scènes souvent grotesques, il existe des hommes qui fonctionnent d’une autre manière, à l’affect et à la fidélité.

Son départ s’est acté discrètement, à l’image du personnage : « Angers est venu aux nouvelles et tout cela s’est fait très vite. Je suis un peu déçu, c’est vrai, mais c’est le football. Je n’en veux à personne. On sait que tout peut aller très rapidement » Avant de rajouter une dernière phrase si caractéristique du bonhomme et de ses valeurs, mais pleine de pudeur et de douleur contenue : « Maintenant, je vais vivre autre chose, loin de ma ville, mais je suis persuadé que le MHSC réussira une belle saison ». Que rajouter sinon souhaiter une belle continuation de carrière à cet homme qui emporte un peu de l’âme de La Paillade collée au bout de ses crampons.

Contrairement à d’autres joueurs qui ont quitté le club à l’intersaison et ont déjà oublié leurs origines au bout de 2 matches de championnat, célébrant notamment de manière inappropriée une victoire contre le MHSC, Jamel restera à jamais dans la mémoire des supporters montpelliérains.

Personne au club ni dans les tribunes ne pourra dire du mal de lui… Homme simple il est né à Montpellier, homme simple et noble il est parti, le corps endolori mais la tête haute et le cœur généreux. Bon vent Jamel et demeures tel que tu as toujours été…

(Les articles précédés de la mention POV* correspondent au Point de Vue de nos contributeurs)

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