Perdrier : l’homme qui faisait la marionnette

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Christian Perdrier homme fort ou homme de paille ? Photo S. PLA

Christian Perdrier prend la lumière, mais dans l’ombre… : Photo S. PLA

Ce vendredi Nîmes Olympique reçoit aux stade des Costières Le Havre, en pleine tourmente le club espère commencer à tourner la page des affaires des matches truqués en gagnant sur le terrain, en accueillant un maximum de supporters et en mettant en première ligne la nouvelle figure de proue des crocos, le nouveau président Christian Perdrier. Cependant, des zones d’ombres existent encore.

Mercredi soir, il est plus de 18 h dans les salons d’honneur du stade des Costières, après 50 mn d’un feu nourri de questions de la part d’une grosse vingtaine de journalistes, le nouveau président Christian Perdrier continue de faire “le job”. Adossé à un mur, entouré d’une grappe de journalistes, il n’a de cesse de marteler ses messages : “Nîmes ne sera pas lourdement sanctionné, le club doit monter en L1 c’est une évidence, je suis un grand amoureux du foot et il faut rétablir éthique et respect.” Derrière ses lunettes, l’œil est rieur, à chaque fin de phrase un grand sourire éclaire son visage, un peu à l’image des fins de phrase de Michèle Alliot-Marie. Christian Perdrier répond à toutes les questions même s’il souhaite d’emblée définir les contours de sa communication “on ne parle pas de l’affaire car la justice est en cours“, il semble s’amuser de son discours, tente quelques jeux de mots, essaye visiblement de charmer son auditoire. Christian Perdrier parle notamment de ses 35 ans de vie active dans des groupes hôteliers et aussi à Disneyland (il en était le vice-président en 2002), pour faire un effet il explique que : “c’est un scoop dans les personnages de Disney il y a des vrais gens et pour vous dire mon implication professionnelle, j’ai aussi fait le Dingo, je me suis déguisé en Dingo dans le parc Disney pour vivre comme un employé.”  En résumé l’homme a fait la marionnette chez Disney, au moment de cette saillie peut être n’avait-il pas imaginé que la mise en abîme de cette phrase pouvait laisser songeur tous ceux qui pensent qu’il n’est qu’un pion à la tête du Nîmes Olympique…

Sourire à double voire triple tranchant

Ceci mis à part, dans l’ensemble, l’homme est un bon communicant, il en appelle aux médias pour l’aider à sauver le club, il interpelle même les journalistes pour leur demander ce que eux attendent de lui, un peu surréaliste. Christian Perdrier, pour sa toute première sortie médiatique est donc en mode séduction, mais le sourire peut aussi dévoiler une dentition carnassière, la mâchoire se crispe quelque peu quand il évoque “les départs inévitables de certains au club, c’est la vie de toute entreprise“, on pense notamment à l’éviction, qui était déjà en cours, du directeur opérationnel Alain Gazeau, fils de l’ancien président, du secrétaire général Mickael Bedos (tous deux ont eu hier leur entretien préalable au licenciement) voire de la responsable média. Un grand coup de balai qui fait grincer des dents en coulisse. La mâchoire se crispe aussi franchement quand on lui parle de Jean-Marc Conrad qu’il présente lui-même comme un ami intime, il ne pense pas un seul instant que cet amitié puisse nuire au club vis à vis des instances du football professionnel car, en résumé, lui c’est lui et Conrad c’est Conrad.

Perdrier “Je ne suis pas une marionnette

En lâchant cette petite phrase sans qu’aucun journaliste ne l’ait lancé sur le sujet “je ne suis la marionnette de personne, ni Conrad, ni Assaf” Christian Perdrier  a semblé se délester d’une problématique qui semble bien l’encombrer. En effet, comment imaginer que cet homme d’affaire de 63 ans, qui depuis plusieurs mois déjà était dans les tuyaux pour devenir Directeur Général du club en négociant son contrat avec l’ancienne présidence, que cet homme qui a une expérience du football se limitant au fait qu’il ait tapé dans un ballon en Normandie dans sa jeunesse, soit l’homme idoine pour mener la barque Nîmes Olympique ? Comment ne pas imaginer une seconde que dans l’urgence d’une situation quelque peu désespérée l’ancien président Jean-Marc Conrad et le nouvel homme fort Rani Assaf n’aient pas poussé sur le devant de la scène cet homme d’apparence affable. Car si Jean-Marc Conrad est désormais hors-jeu et malgré un contrôle judiciaire en cours qui lui interdit toute communication avec le club du Nîmes Olympique, on se doute bien que par porosité, des messages doivent s’échanger entre Conrad et Perdrier. Et ce n’est pas une invention de journaliste mais une information donnée par Christian Perdrier lui-même, quand on lui demande “comment va Jean-Marc Conrad ?” il répond aux journalistes qu’il a des “nouvelles indirectement par des amis communs” ! Quant à Rani Assaf, on connaît désormais les contours du personnage. Une fortune personnelle estimée à 180 millions d’euros, il est le N° 2 de Free, l’invention de la Freebox c’est lui, il vit isolé en petite Camargue héraultaise, c’est le roi du camouflage, il ne donne jamais aucune interview et déteste toute publicité. Mais on sait aussi de lui que le foot ça le passionne, le ballon, le jeu, Rani Assaf adore, il est même passé au centre d’entraînement de la Bastide rencontrer personnellement les joueurs pour les rassurer quant à l’avenir du club. L’amour du foot,  voilà pourquoi Rani Assaf s’est embarqué dans cette aventure du Nîmes Olympique dans le sillage de Jean-Marc Conrad et Serge Kasparian. Sauf qu’aujourd’hui, comme le confie anonymement un proche du club “c’est lui le cocu de l’affaire, il a mis les sous, il n’avait aucun pouvoir (Conrad et Kasparian via une société avait la majorité des parts du N.O et Assaf 48,7% NDLR)”. Donc après s’être rendu compte que dans ce navire Nîmes Olympique, Rani Assaf était le seul à mettre de l’essence dans le moteur et que le capitaine voguait à son gré, après l’échouage, Rani Assaf s’est un peu mis en colère et a décidé de prendre la barre. Il a donc demandé à Christian Perdrier de prendre la présidence et d’être en quelque sorte sa voix, lui qui hait plus que tout devoir se montrer en public.

Assaf, le vrai boss

Aujourd’hui oui, c’est établi, le vrai boss du Nîmes Olympique c’est bien Rani Assaf et non pas son porte-parole Christian Perdrier. Assaf met les sous, il fait les chèques, c’est donc lui le vrai patron, un patron de l’ombre mais qui saura être présent aux moments opportuns. D’ailleurs en une phrase lâchée en conférence de presse, Christian Perdrier confirme que Rani Assaf va encore racheter des parts au Nîmes Olympique pour prendre totalement le contrôle, il nous confirme aussi à demi-mots que c’est lui la caution exclusive du club, notamment pour rassurer la DNCG (Direction Nationale de Contrôle de Gestion du football français NDLR) avant une audition le 4 décembre prochain que d’aucuns pourraient juger périlleuse, entre un déficit annoncé et l’affaire des matches truqués : “mais qui n’a pas de déficit ?(…)Non je ne redoute pas ce rendez-vous, j’irai de toute façon avec Rani Assaf pour rassurer la DNCG, c’est ce qu’ils veulent, qu’on leur montre des garanties financières.” Sous-entendu Rani Assaf a une surface financière suffisante pour sécuriser un club comme Nîmes Olympique. Et puis Christian Perdrier a aussi glissé subtilement qu’il(s) profiterai(en)t de leur montée à Paris pour rencontrer le président de la Ligue Frédéric Thiriez. Avec Rani Assaf et son joli compte en banque, il sera peut-être plus facile d’expliquer au président de la ligue qu’il “faudrait peut-être y réfléchir à deux fois avant de sanctionner très durement un club historique, surtout pour les agissements isolés de deux hommes, si toutefois les faits étaient avérés.” Il est vrai qu’aujourd’hui, en Ligue 2 notamment, un club qui compte comme actionnaire principal un homme dont la fortune personnelle est estimée à 180 millions, ami intime de Xavier Niel, ça ne court pas les stades. Et la ligue aurait plus qu’intérêt à ne pas “tuer” sportivement le Nîmes Olympique qui pourrait très bien, sans obligatoirement demander à ses adversaires de lever le pied, envisager la montée en L1 d’ici deux ou trois saisons. Car un Nîmes Olympique au haut niveau du football français provoquerait un engouement populaire digne des clubs comme St Etienne ou Lens, bien loin en tout cas des pauvres affluences du MHSC. Et ça, la Ligue ne peut pas cracher dessus.

Des semaines décisives

Le plus dur commence désormais pour Christian Perdrier et Rani Assaf, il faut déjà réussir à faire gagner Nîmes Olympique sur le terrain, ça commence ce vendredi aux Costières contre le Havre, on verra alors si un engouement populaire va se produire en tribune, si 10 000 personnes viennent au stade, ça voudra dire qu’une partie du message de la nouvelle direction commence à passer. Et si samedi, dès 14H, autant de personnes défilent dans les rues de Nîmes pour afficher leur soutien au club, ce sera de nouveau un message fort adressé aux instances du foot avant le délicat passage annoncé du 4 décembre devant la DNCG. Enfin, pour que Nîmes ait de nouveau un peu la barre du bateau par rapport à la LFP, il faudrait que l’équipe viennent titiller le podium car il est toujours plus difficile de taper sur les forts que sur les faibles, pour cela il faudrait qu’au prochain mercato d’hiver, Rani Assaf mette la main à la poche pour faire venir deux trois joueurs capables de booster le Nîmes Olympique vers le haut du classement.

Pour le match de ce vendredi face au HAC, le prix des places derrière les buts a été baissé à 2 euros sous la pression des clubs de supporters. Les autres tarifs ne changent pas, l’achat d’une place pour ce match donne droit à une invitation gratuite pour le prochain match face à Orléans.

Le groupe : Michel, Gallon, Cordoval, Barrillon, Harek, Sartre, Marin, Elie, Parpeix, Briançon, Bobichon, Kovacevic, Hsissane, Maoulida, Nouri, Koura, Dépres, Omrani.

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