Gard, 4 morts : fallait-il passer en orange ?

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Quatre personnes sont décédées cette nuit dans le Gard suite aux intempéries (lire par ailleurs). Pourtant, le département n’était pas placé en vigilance orange par Météo France mais en vigilance jaune. Depuis, la polémique enfle. Pourquoi Météo France n’a pas mis le Gard en vigilance orange ? “Trois morts et Météo France n’a rien prévu”, pouvait-on lire sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook) avant que le corps de l’enfant de 1 an ne soit découvert inanimé. Nombreux sont ceux, sous couvert de questionnement, qui remettent en cause le choix de Météo France. Pourtant, la vigilance jaune était bien de mise dans le Gard. Et comme l’indique toujours Météo France, la vigilance jaune signifie notamment que “des phénomènes habituels dans la région mais occasionnellement et localement dangereux (ex. mistral, orage d’été, montée des eaux, fortes vagues submergeant le littoral) sont en effet prévus”. Le passage du département du Gard en vigilance orange après le drame de la nuit a semé le trouble, même si c’est pour un risque inondations sans rapport direct avec les événements de la nuit (lire par ailleurs). Faut-il simplifier ce système de vigilance ? 

Inondation crue

Trois morts dans le Gard, fallait-il passer en vigilance orange ? – Photo d’archives : T.W.

Pour qu’un département soit placé en vigilance orange par Météo France, plusieurs conditions doivent être réunies. Non seulement les quantités d’eau attendues sur le département doivent dépasser un certain seuil (non atteint dans les prévisions de la nuit) mais le phénomène doit toucher une partie non négligeable du département. La vigilance jaune, elle, correspond à “des phénomènes habituels dans la région mais occasionnellement et localement dangereux (ex. mistral, orage d’été, montée des eaux, fortes vagues submergeant le littoral)”. Ce qui s’applique à la situation de la nuit passée.

Qui décide de la vigilance orange ?

Deux fonctionnements distincts existent pour deux types de vigilance : “Pluie-inondations” et “Inondations”. Pas simple, d’autant que pour la première, c’est Météo France qui décide, alors que pour la seconde, c’est le Service de Prévision [mise à jour 17/11] des Crues qui prend la décision. Si Météo France se base sur les quantités de précipitations attendues, et la saturation des sols, de son côté, le Service de Prévision des Crues assure un suivi hydrologique de la situation des cours d’eau, se basant sur les quantités d’eau qui s’écoulent, les prévisions de hausse de niveau en fonction des niveaux initiaux, les précipitations mesurées et prévues.

Ainsi, cette nuit, le département du Gard était en vigilance jaune “Pluie-inondations”, vigilance décidée par Météo France. Aucun des cours d’eau suivis par le Service de Prévision des Crues n’était sur le point de déborder. Les quantités de précipitations prévues, le fait que ces pluies ne devaient toucher que localement le département justifie la simple vigilance jaune.

Et finalement, le passage du département du Gard en vigilance orange “inondations” dans la matinée est sans rapport avec les événements de la nuit. En effet, ce n’est pas une décision de Météo France mais du Service de Prévision des Crues Grand Delta [mise à jour 17/11] qui surveille le Rhône. Celui-ci étant en crue au Sud d’Avignon, il été placé en orange. Ce qui implique automatiquement le passage du département en vigilance orange “inondations”.

Faut-il simplifier le système de vigilance ?

Le système en place est compliqué, on vient de le voir. Et peu lisible pour le grand public. Il existe notamment neuf types d’événements pouvant déclencher une vigilance. Associés à trois niveaux de vigilance, cela fait 27 possibilités. Bien trop pour que tout le monde s’y retrouve. Le niveau de vigilance jaune n’a finalement pas grande signification : en résumé, il faut faire attention, mais pas forcément puisque ce n’est pas encore orange. Pourquoi ne pas simplifier le système avec la mise en place de trois niveaux clairs et basiques ? Avec trois couleurs, comme le feu tricolore ou comme à la plage : vert quand il n’existe aucun risque, orange lorsqu’il y a un danger, rouge lorsque le risque est important. Sauf que cette simplification entraînerait nécessairement un nombre accru de vigilance orange, à la moindre goutte de pluie, au moindre orage… Et à force de crier au loup, la vigilance orange deviendrait ce qu’est aujourd’hui la vigilance jaune, un truc dont finalement peu de monde se soucie.

Améliorer la prévention

La multiplication des vigilances, dans un département souvent touché par ce type de phénomène, entraîne une lassitude. Et même lorsque la vigilance est orange, il est rare que les habitants modifient leurs habitudes. Nombreux sont même ceux qui tentent de forcer les barrages mis en place, qui s’engagent sur des routes barrées, ou qui prennent des risques inutiles pour une photo ou une vidéo d’un cours d’eau qui déborde. Ce sont les acteurs de l’urgence les premiers choqués par ces comportements à risque. Et même si le système en place est perfectible, c’est donc au niveau de la prévention qu’il faut insister, améliorer les choses. Pour éviter de se lancer dans des polémiques inutiles. Et surtout, évidemment, pour éviter de nouveaux drames.

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